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Cri d’alarme pour République en péril

Pour la quatrième fois depuis l’arrivée de Me Wade au pouvoir, nous avons célébré l’indépendance de notre pays. C’est la République qui a été fêtée, mais force est de constater que celle-ci a été affaiblie, en quatre ans, par de nombreuses agressions venant souvent de ceux qui sont censés en être les plus dignes représentants. En effet, la pratique quotidienne de la politique et des institutions tend à remettre en question le sens et la portée véritables des principes qui fondent et définissent la République sénégalaise et qui sont inscrits dans la Constitution. D’abord, dans le Préambule qui en est partie intégrante, on peut lire que «le peuple du Sénégal souverain… proclame la séparation et l’équilibre des pouvoirs conçus et exercés à travers des procédures démocratiques, (…) le respect et la consolidation d’un Etat de droit dans lequel l’Etat et les citoyens sont soumis aux mêmes normes juridiques sous le contrôle d’une justice indépendante et impartiale». Ensuite, à l’article premier, il est inscrit que «la République du Sénégal est laïque (…). Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion. Elle respecte toutes les croyances.»
Entre la banalisation des symboles de la République qui, du coup, se disloquent, ne reposant plus que sur une autorité frileuse s’effritant chaque jour pour offrir à nos sens la perception d’un ordre éclaté, il ne reste que le constat d’une installation progressive du chaos et de l’arbitraire.
QUAND LES SYMBOLES SE DISLOQUENT…
La République sénégalaise est, pour parler comme les juristes, une personne morale, c’est-à-dire un «être juridique» distinct de la personne des gouvernants. Mais, comme elle «ne déjeune pas», par elle-même, elle le fait par l’intermédiaire de ses représentants qui, lorsqu’ils agissent en son nom et pour son compte, ne sont plus seulement des êtres humains de chair et de sang, mais se confondent avec l’institution. C’est pourquoi, il est important que la différence soit faite entre les actes personnels des dirigeants qui, comme tout être humain, ont leurs croyances, leur vie familiale… et les actes qui relèvent de l’institution. Mieux, il faut éviter les situations susceptibles de créer, volontairement ou involontairement, une confusion entre la personne et l’institution qu’elle représente. Or, toute apparition publique, médiatisée est susceptible de créer, si ce n’est une confusion certaine, au moins un risque certain de confusion chez le commun des sénégalais. C’est pourquoi l’acte par lequel toute personne, représentant une institution de la République manifeste ostensiblement sa soumission à un guide religieux, quel qu’il soit, peut être perçu comme un acte d’allégeance de la République vis-à-vis de la communauté représentée par ce guide. Il n’est même pas nécessaire de s’interroger sur l’existence ou non «d’intention coupable» ; le simple «risque certain de confusion» étant suffisant. C’est le symbole de la laïcité qu’il s’agit de préserver contre des atteintes qui sont à la fois profondes et définitives car les images restent à jamais gravées dans les mémoires.
C’est peut-être ce qui justifie davantage la consternation et l’indignation d’une frange importante de la population sénégalaise devant ce qui a été considéré comme une rupture dans l’égalité de traitement entre les différentes religions. En effet, nombreux sont les guides religieux qui ont tenu à dénoncer la situation actuelle du pays, certains citant nommément le président de la République et quelques membres du gouvernement. Il est difficile de justifier que la réponse du président de la République ait été réservée seulement à l’Eglise sénégalaise. Suspicion légitime dit-on ! Cela ne préjuge en rien son implication en tant qu’instigateur dans les menaces proférées à l’encontre de l’archevêque de Dakar. Mais il reste que, dans tous les cas, sa réponse aura servi de prétexte à ces menaces. Il convient de saluer la clairvoyance et la lucidité de ce guide qui aura fait primer l’intérêt national et les exigences de stabilité du Sénégal pour pacifier un climat qui aurait pu dégénérer. Cette même lucidité aura permis de désamorcer la «bombe Dolly». Mais que se passera-t-il lorsque les intéressés ne seront pas assez éclairés et désintéressés pour rester en dehors de la mêlée ?
Les expressions de la banalisation des symboles de la République sont multiples depuis quelque temps. Que le drapeau national soit brandi et arboré fièrement lorsque les fils du pays remportent une victoire est à la fois normal et louable ; qu’il soit utilisé pour se confectionner boubous et autres habits me semble déjà plus problématique ; et qu’il soit un matériau de lingerie masculine (caleçons et autres slips) ou féminine (petits pagnes, strings et j’en passe) est parfaitement scandaleux. Que l’Hymne national soit «snobé» et écarté au profit d’un Hymne à l’Afrique lors des principaux rendez-vous qui rythment la vie de la République et de la Nation sénégalaises, tels que les messages du chef de l’Etat me semble tout aussi inacceptable et particulièrement suspect. Seule la loi détermine et, par conséquent, peut modifier l’Hymne national. Respectons-le ou, si l’on ambitionne de le changer, faisons-le clairement sans faire vivre aux Sénégalais cette situation où s’impose à eux, dans leur vie citoyenne et nationale, un hymne qui n’est pas le leur !
Le formalisme constitue un dispositif important dans les rites républicains et participe à la consolidation de la République. Il se manifeste même à travers la tenue (port vestimentaire et gestuel) et l’expression des représentants et des forces de la République. A voir la tenue de certains ministres de la République, on a vraiment du mal à se convaincre de leur statut. Lorsque les dignitaires de la République ne se distinguent plus de professionnels du spectacle en représentation, l’Etat est en souffrance. Lorsque certains représentants de l’ordre arborent des tenues décousues, déformées et à la teinte méconnaissable à force de tâches, de sueur et de délavage, adoptent des postures plus que désinvoltes, cigarette au bec, s’exprimant dans un langage flirtant avec le summum de la vulgarité, alors les symboles de la République se disloquent définitivement et c’est l’autorité qui s’effrite.
C’EST L’AUTORITE QUI S’EFFRITE…
L’autorité n’est pas l’autoritarisme ! Elle ne se mesure ni à la portée de la voix, ni à la dureté des mesures prises. Elle s’attache étroitement aux principes qui la fondent et aux symboles qui la fortifient. Autant dire qu’à ce titre, elle vacille avec les principes et se désintègre avec les symboles. La dislocation de ceux-ci entraîne alors immanquablement l’effritement de celle-là. L’histoire récente du Sénégal aura vu se multiplier les actes et les gestes relevant de l’autoritarisme au point de faire douter sérieusement de la tolérance de leurs auteurs. Mais, la déchéance de l’autorité connaît une résonance beaucoup plus dangereuse puisqu’elle sonne le glas de la République en imposant l’informel et l’indiscipline comme principes de fonctionnement.
Quand l’Etat et son chef se désavouent de manière récurrente, lorsqu’il devient banal pour un gouvernement de prendre une décision et de revenir sur celle-ci pour des raisons diverses (accord sénégalo-suisse, transfert du lycée Lamine Guéye, nomination/changement de ministre dans un intervalle de 24 heures, modification à la dernière minute du lieu de célébration de l’indépendance…), lorsque le gouvernement est désavoué par les bénéficiaires de ses avantages (Ranch de Dolly) à cause des conséquences dangereuses et prévisibles de cette décision pour la paix et la stabilité du pays, pire, lorsque certaines affaires prennent des allures de mensonge d’Etat, un ministre de la République avouant publiquement que les semences de maïs utilisées étaient destinées aux cultures fourragères un mois après avoir fêté en grandes pompes, aux frais du contribuable, la moisson du maïs, la décence et la probité sont irrémédiablement exilées de la République sénégalaise. Mais peut-on réellement s’étonner d’une crise de l’autorité dans un pays où le président de la République envoie une lettre de protestation contre une décision du Conseil constitutionnel l’impliquant en tant que chef de parti ? Manifestement non ! Définitivement non ! L’Etat de droit et le principe de séparation des pouvoirs qui le fonde sont très sérieusement atteints.
La crise de l’autorité se manifeste à tous les niveaux, au centre et à la périphérie, dans les bureaux comme dans les rues, en classe comme dans les cours de récréation. Elle est d’autant plus grave qu’elle s’accompagne d’une confusion des genres, les Sénégalais ne sachant plus distinguer le politique du religieux et du civil. Il s’agit d’un véritable «enlèvement des bornes» qui quadrillent la République et permettent de se situer dans un Etat de droit. Quand l’implication de la famille et du guide religieux dans la conduite des affaires de l’Etat devient généralisée et systématique, il est difficile de faire le départ entre la vie politique, civile et religieuse des représentants de l’Etat.
Mais, la crise de l’autorité dans la République sénégalaise trouve sa manifestation la plus sublime dans la banalisation de la sanction, au sens juridique du terme, soit par son inapplication, soit par son application sélective et clientéliste. La sanction doit constituer, dans un Etat de droit, la juste rétribution des actes d’une personne. Elle peut alors être positive ou négative selon la connotation positive ou négative de l’acte en question. Aussi, les nominations et avancements peuvent-ils être considérés comme des sanctions positives des actes dont les bénéficiaires sont les auteurs. A ce titre, on comprend aisément que les sénégalais puissent être choqués par les nominations et autres promotions dont bénéficient des individus qui, de notoriété publique, se sont rendu coupables de malversations à tous les postes qu’ils ont pu occuper avant l’avènement de ce que l’on a peine, aujourd’hui, à nommer «alternance». Le récent rapport de la Cour des comptes avait, d’ailleurs, remis au goût du jour toutes les turpitudes de ceux qui ont toujours été aux commandes des plus grandes entreprises nationales et les ont pillées sans scrupules. Mais combien de temps en a-t-on parlé ? Deux jours, trois, une semaine ? Dans tous les cas, les journalistes, l’opposition comme la société civile, sont tous très vite retombés dans un silence coupable, à la faveur d’une campagne des Lions à Tunis scandaleusement qualifiée dans la presse d’alors de «l’essentiel» ! Ce silence a été alourdi par un défaut suspect de réaction des plus hautes autorités de l’Etat qui sont pourtant très promptes à appeler à la bonne gouvernance. Doit-on crier à l’hypocrisie ? Ce ne serait certainement pas excessif, tant l’occasion était bonne de donner aux sénégalais le signal de l’alternance, la vraie, celle que l’on attend encore sans trop d’illusion toutefois. Cette alternance là qui ne tiendrait ni à la simple mascarade d’une «majorité des rues» colmatée à coup de Ndiaga Ndiaye déversant dans les artères de Dakar (les bloquant par la même occasion au mépris de ceux qui travaillent réellement sans le crier sur les toits) les oisifs des villes de l’intérieur, ni aux discours pompeux, creux et mensongers annonçant des statistiques fantaisistes.
La sanction négative est appliquée au Sénégal de manière très sélective si elle n’est pas simplement occultée. Les conséquences des audits pratiqués ont frappé de façon on ne peut plus ciblée les personnes impliquées dans les structures concernées. En outre, si certains comportements persistent et essaiment, c’est simplement à la faveur de l’absence de toute menace de sanction, les sénégalais ayant acquis la certitude que celle-ci pourra toujours être écartée, soit par un «nouyoo mouride», soit simplement par un jeu de relations coupables fondées sur la corruption, la concussion ou le trafic d’influence. Du coup, la sanction perd toute sa légitimité, celle-là qui fait qu’on l’accepte comme juste parce que prévue et effectivement appliquée à tous, sans discrimination. Dans ces conditions, la défiance des sénégalais vis-à-vis des institutions se comprend aisément. Lorsqu’on connaît l’importance de la menace de sanction pour asseoir l’autorité dans un Etat de droit et le caractère capital de l’autorité pour la réalisation et le maintien de l’ordre, on comprend aisément que l’effritement de l’autorité entraîne inexorablement l’éclatement de l’ordre.
ET L’ORDRE QUI ECLATE
L’ordre est généralement entendu dans deux sens : celui de commandement et celui d’ordonnancement, agencement, organisation. L’ordre, au sens de commandement accompagne l’autorité et l’exprime afin d’asseoir un ordre au sens d’organisation. Il s’agit alors de normer les comportements pour ordonner les choses. C’est pourquoi on dit que le droit donne des ordres aux hommes pour donner un ordre aux choses. Aussi, lorsque l’ordre du droit n’est plus entendu par les hommes, l’ordre des choses cède à l’inorganisation. A maints égards, l’impression que donne le pays n’est pas loin du chaos organisationnel. Que des étudiants passent outre l’interdiction d’une marche, que des chauffeurs en viennent aux mains avec des forces de l’ordre, que des agents de l’administration demandent systématiquement de l’argent pour faire le boulot pour lequel ils sont payés, que prescriptions et proscriptions légales soient violées à tout moment et en tous lieux éloignent le pays du règne de l’ordre pour le rapprocher davantage de celui du chaos et de l’arbitraire !
Il urge de restaurer la République, de la réformer au sens premier du terme, c’est-à-dire, d’en revenir à une pratique orthodoxe des principes qui la fondent et qui sont abondamment affirmés dans les textes. Ils ont pour nom séparation des pouvoirs, laïcité, non-discrimination entre autres. A moins que l’on ait pour dessein de conduire le pays à la dérive ? Espérons que non !

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